Jules de Meyer - officier pontifical 1852-1870

de MEYER

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Le Commandant Jules Meyer
Episode de la campagne de Garibaldi contre le Saint-Siège en 1867
 (Extrait de la Revue de la Suisse Catholique 1884)

Le 15 septembre 1864, Napoléon III et le roi Victor-Emmanuel II conclurent une convention en vertu de laquelle l'Italie s'engageait "à ne pas attaquer le territoire actuel du Saint-Père et à empêcher, même par la force, toute attaque venant de l'extérieur contre le dit territoire "(G. Castella 1960).

Giuseppe Garibaldi, le célèbre patriote italien,  ne remplit pas seul le panthéon de la francmaçonnerie italienne.   Au-dessous de Garibaldi, il y avait des demi-dieux, et de ce nombre les "frères Cairoli" de Pavie.   En 1884 la mémoire des frères Cairoli a été glorifiée par un monument placé sur le jardin du Pincio, promenade publique de Rome.

Le capitaine Jules de Meyer, officier au service du Saint-Siège, rédigea le rapport suivant

EXTRAIT DU RAPPORT

Les "chemises rouges" (partisans de Garibaldi) ayant été aperçues sur les Monti Parioli le général Zappi y envoya une patrouille de 42 hommes du bataillon, commandée par le capitaine Jules Meyer.

Le 23 octobre 1867, à 4 heures du soir, je me trouvais au Capitole, dont j'avais à visiter le poste, lorsqu'un exprès m'apporta, de la part du général Zappi l'ordre, écrit au crayon, de me rendre, avec les hommes disponibles de ma compagnie, devant la porte du Peuple, attendu qu'une bande armée avait été aperçue aux environs d'Acqua Acetosa.  Nous fûmes à l'instant sur pied.  Arrivé à la porte désignée, j'y trouvai un brigadier de gendarmerie avec quatre hommes à cheval.  Ils étaient chargés de me conduire vers le détachement ennemi.  Après une demi-lieue de marche sur la route de Ponte Molle, nous prîmes à droite.  Le chemin nous conduisit à travers des maisons de campagne, des jardins, des haies et des murs, jusqu'en face des Monti Parioli.  L'une des collines était dominée par une maison de plaisance, entourée d'arbres.  Malgré la nuit tombante, je pus y distinguer quelques hommes armés qui me parurent être en faction.

Un paysan des environs m'apprit que la bande dont il s'agit occupait cette position depuis la pointe du jour.  Je n'avais à ma disposition que quarante-deux hommes, dont deux tiers Suisses et un tiers Allemands.  Mon plan.... consistait à m'emparer par un coup de la villa la plus proche, occupée par les garibaldiens.  A supposer qu'ils vinssent m'y bloquer, je comptais m'y maintenir en attendant du secours.   Je dépêchai deux gendarmes à Rome pour informer le général Zappi que je me trouvais en présence d'adversaires assez nombreux, ayant en outre sur moi l'avantage de la position, que j'allais néanmoins attaquer.

Là-dessus je commandai l'attaque.  Nous arrivâmes jusqu'à 300 pas de la position, sans avoir essuyé un coup de fusil.  L'entrée de la villa était fermée par une grille de fer.  Comme nous nous disposions à la forcer, les garibaldiens ouvrirent le feu, mais sans résultat.  La grille forcée, mes gens se précipitèrent dans le parc.  Je les disposais en tirailleurs avec ordre d'avancer en demi-cercle.

Quand enfin nous fûmes plus séparés de la position ennemie que par 150 pas environ, je fis mettre la baïonnette au canon et nous marchâmes en avant, au son de la charge. Nous fûmes reçus par une décharge générale des garibaldiens qui nous canardaient à tout bout portant.   Sans laisser à l'ennemie le temps de recharger, je franchis avec mes hommes la haie qui nous séparait encore.  Une partie de nos adversaires s'étaient retirés un peu à gauche et, abrités par un grand tas de paille, ils nous envoyèrent de là quelques balles avant de lâcher le pied.

Après ce premier succès....l'ennemie demeura invisible.  Nous venions de franchir à la course environ 300 pas, lorsqu'à notre gauche retentit le cri de "Eviva Garibaldi".   La situation était critique.  Je criai à mon sergent major, qui me suivait avec une petite réserve, d'appuyer ma gauche menacée et me plaçai à la tête de mes hommes en leur adressant quelques paroles d'encouragement.  L'ennemie s'était approché jusqu'à  quinze pas.  Pendant que je faisais deux fois feu de mon revolver, je reçus trois balles de la même arme, dans le bras droit.  En même temps une partie des garibaldiens, poussant des cris sauvages, franchirent le chemin creux et nous attaquèrent vivement à l'arme blanche.  J'essayai de décharger sur eux les quatre derniers coups de mon revolver, mais l'arme me refusa le service, mon bras, affaibli par la perte de mon sang, ne me permettant plus de presser la détente.  Je la laissai tomber pour saisir la carabine d'un trompette blessé, étendu à mes pieds.  Le plus avancé des assaillants, homme de haute taille et de complexion robuste, se rua sur moi, armé d'un fusil.  Les hommes de ma gauche, formant encore la chaîne à une distance de trois pas l'un de l'autre, avaient chacun son adversaire et ne pouvaient s'entre-secourir.

L'adversaire auquel j'avais affaire n'était autre que le chef de la bande, Henri (Enrico) Cairoli.  Il me porta de violents coups de baïonnette que mon bras blessé ne me permit de parer qu'imparfaitement.  Dans un court intervalle, j'en reçus deux à l'épaule droite, un à la cuisse, un autre dans le côté gauche et un cinquième dans la région de l'estomac.  Comme je parais le sixième coup, mes mains sans force laissèrent échapper le fusil.  Je saisis la baïonnette de mon ennemi, qui fort heureusement me resta en main.  Tandis qu'il brandissait son arme sur ma tête, je me jetai sur lui et l'enserrai de mes deux bras.  J'étais sur le point de perdre connaissance, lorsque mon sergent-major Hofstetter, survint avec ma petite réserve.  Voir le péril où je me trouvais, s'élancer en avant et faire feu sur Cairoli fut pour lui l'affaire d'un instant.  Celui-ci me lâcha alors pour tenir tête à son nouvel adversaire.  Pour moi, je chancelais et sentais fléchir mes genoux, mais je vis mon agresseur tomber inanimé.

La pluie froide que survint en ce moment, fut pour moi un véritable bienfait, en ce qu'elle me procura un peu de fraîcheur.  Je me mis tant bien que mal sur les jambes et je fis quelques pas.  A l'instant je fus encore attaqué par deux garibaldiens, dont l'un m'étreignait le cou des deux mains.  Nous roulâmes tous deux sur le sol et j'allais être étrangler par ce nouvel agresseur, que me tenait sous lui, lorsque mon secourable sergent-major lui fit lâcher prise au moyen d'un coup de crosse appliqué sur la tête.  Sur ces entrefaites, les "chemises rouges" s'étaient dispersées à tous les vents du ciel.  Mes soldats me soulevèrent de terre et il m'eût impossible de marcher si deux hommes ne m'eussent conduit ou plutôt traîné.  Pendant que bon nombre d'ennemis étaient étendus sans mouvement, nous ne comptions de notre côté, à part moi, que trois blessés, parmi lesquels nos deux trompettes, dont l'un mourut des suites de sa blessure.

Après une demi heure passée, nous reprîmes tous la direction de Rome.  A sept heures nous nous retrouvâmes à la Porte du Peuple, où l'on m'étendit sur char garni de paille, pour me transporter à mon logis.  Pendant plusieurs semaines je restai suspendu entre la vie et la mort.

Dans la matinée du 24 octobre 1867, un détachement avait fouillé les Monti Parioli.  Outre les cadavres de d'Henri Cairoli et d'un certain Montovani, il y avait recueilli sept garibaldiens grièvement blessés et de ce nombre était Jean Cairoli, frère du précédent.   Un jour, un de mes braves soldats m'apporta un revolver, sur lequel étaient gravées les initiales "E.C."  (Enrico Cairoli).  Il l'avait ramassé sur le lieu du combat et avait eu la délicate pensée de m'en faire présent, comme souvenir de la sanglante journée.

LA MISSION DES FRERES CAIROLI

On se demandait généralement dans quelle intention la fine fleur des garibaldiens s'était avancée jusqu'à proximité de la Ville Eternelle?   Les mémoires dont il s'agit nous ont fourni de l'énigme.  Cette bande des frères Cairoli, forte de soixante et dix à quatre-vingt hommes, se composait des affiliés aux sociétés secrètes, qui avaient pour mission de fomenter et de diriger une insurrection dans les rues de Rome.  Ils avaient juré en entrant dans les Etats pontificaux de s'ensevelir plutôt sous les ruines de la capitale que de renoncer à leur entreprise.

Après avoir, dans la journée du 22 octobre 1867, descendu le Tibre sur une barque, la bande de Cairoli avaient pris terre aux environs des Monti Pairoli et s'y étaient embusqués dans le dessein d'attendre le petit vapeur pontifical qui, chaque soir, remontait le fleuve, de s'en emparer et de le diriger sur Rome.  Débarqués au port de Ripetta, ils auraient distribué aux conspirateurs romains des armes et les munitions et se seraient mis à la tête du mouvement insurrectionnel.  Mais précisément en raison des circonstances critiques, le vapeur pontifical avait reçu l'ordre de suspendre son service journalier.  La soirée et la nuit s'étant passées dans une attende inutile, la bande pressée par la faim avait gagné les auteurs où sa présence fut signalée par les gendarmes de patrouille.  Par la suite le Capitaine Jules Meyer et ses hommes intervinrent.

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